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~Antre de Riku-san~

Samedi 24 avril 2010 à 19:28

Titre : Sale bâtard
Date de création : 17 octobre 2008
Genre : Triste - Une scène gore

_ Embrasse-moi.
_ Et puis quoi encore ?
_ Allez, un petit bisou.
_Vas chier.
Jamais nous ne nous étions embrassés. J'avais beau te le demander des centaines de milliers de fois par jour, jamais tu ne cédais. C'était à se demander si tu m'aimais vraiment. Pourtant, je n'abandonnais pas, recherchant ta chaleur toutes les secondes. Même en cours, impossible que je me détache de toi. Les potes nous regardais bizarrement et j'en avais rien à foutre. Du moment que je restais collé à toi.
Tous les matins, on se retrouvait au portail du lycée, marchant côte à côte jusqu'à notre salle de cours. Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans toi. Dingue de penser qu'à 17 ans, on est pu rencontrer l'amour de sa vie. En tout cas, je n'étais pas prêt à te lâcher les baskets.

Aujourd'hui, il pleut. La veille, ma mère m'a fait part d'une nouvelle : un accident était survenu dans le coin, entraînant la mort de l'un des élèves de l'école. Il y en a des centaines. Je ne me suis donc posé aucune question. Arrivé devant le portail, tu n'étais pas là. Où est-ce que tu es, Marc ? J'observe, je guette. Rien. Tu ne viens pas. Alarmé, je me demande ce qui t'es arrivé pour que tu sois en retard. J'attends la sonnerie du début des cours puis, d'un pas lent, marche vers la salle. Tu n'es pas là et je n'ai aucune envie d'être là.
Le prof fait son récit habituel, nous emmerdant plus qu'autre chose avec ses racines carrées et tout le bordel. Je n'ai pas envie de me concentrer. Seul ton image se précipite dans tous les sens, m'arrachant des coups de marteau dans le crâne. J'en ai assez. Je me lève précipitamment, réveillant la plupart des potes qui somnolaient, et me dirige avec hargne vers la sortie. J'ai mal. Pourquoi tu n'es pas là ?
Marc, le plus beau mec de l'école.
Marc, le chieur de tout le monde.
Marc, le type bagarreur et sûr de lui.
Marc, tout simplement.
Je me casse du bahut. La Grand'Rue m'appelle. Premier détail : deux voitures de flics. Second détail : le contour blanc, sur le sol, d'une personne morte ici. Troisième détail : du sang. Je m'approche, inspecte, et me fait attraper par l'épaule. Un gendarme me fixe dans les yeux, sévère.
_Tu ne devrais pas être en cours, toi ?
Que répondre ? Je n'ai pas envie d'y retourner. Je suis bien là, sous la petite pluie et la fine bruine qui s'installe. Mes cheveux sont collés contre mon front, ma tête continue à me martyriser. Je veux juste savoir où tu es. Marc, tu m'as abandonné ou quoi ?! Le flic se met alors à m'interroger.
_Tu connais un certain Ronald Durois ?
Je réponds affirmativement. Ronald est un type qu'on ne pouvait pas s'encadrer, le genre de mec à lunettes totalement méprisable par son intelligence et son apparence superficielle. J'ai toujours voulu le frapper pour qu'il évite de poser ses yeux sur toi, Marc. Parce que Ronald, lui, il t'aimait aussi. Ce snob ne te méritait pas. Le gendarme reprend la parole.
_Il est mort ici, percuté par une voiture. Le conducteur, Marc Miles, est en garde à vue. Le connais-tu aussi ?
Marc, le plus beau mec de l'école.
Marc, le chieur de tout le monde.
Marc, le type bagarreur et sûr de lui.
Marc, l'assassin...
_Il était ivre au volant de sa voiture. Il fêtait certainement son obtention du permis.
Oui, tu as un an de plus que moi et tu passais ta conduite. Allais-tu me dire que tu avais eu ce putain de permis ? Quelle idée de fêter ça tout seul, hein ? T'as tué Ronald le bigleux pour te retrouver derrière des barreaux ? Un majeur ne passe pas inaperçu.
Sans vouloir en savoir plus, je suis parti. Je n'avais aucune envie d'en entendre plus sur le sujet. J'en savais déjà de trop. La pluie se fit un peu plus forte. Je suis trempée, maintenant. Je marche le long de la rue, cherchant un endroit où m'installer. Je déboule sur le parc de jeux, ce parc où on se retrouvait souvent le soir. Je m'assoie sur une balançoire, je fixe le sable mouillé du sol. Alors, on ne se reverra plus ? Cette question me trotte dans la tête. J'ai la haine contre toi. Et, pourtant, je ne t'en veux pas. Comment expliquer ce sentiment ? Un miaulement me fit tourner la tête. Un chat m'observait, à quelques mètres de là, sous un abri de bois.
J'ai la haine contre toi.
La haine contre toi.
Contre toi.
Toi.
J'approche de l'animal craintif. Il est prêt à me sauter dessus. Je le choppe par la peau du cou, rapidement, évitant ses coups de griffes. Je le fixe un instant, perturbé par mes propres pensées. Alors, je le balance, le fracasse au sol, pose mon pied dessus en l'écrasant un peu plus. Il gémit, me nargue du regard, joue des pattes pour se libérer. Ma chaussure l'écrase un peu plus, jusqu'à entendre le craquement de ses côtes. Les yeux du chat sont exorbités, il gueule et gémit en même temps. Il m'énerve. Et j'ai la haine contre toi. Je soulève mon pied, comme attiré par une force magnétique, et finit par frapper le félin avec la semelle bien à plat. Ecrasé, brutalisé, il perd la vie.
Et moi je la garde.
Enfoiré.
Connard.
Sale bâtard.
Du sang a giclé de la gueule du chat pour atterrir sur mes pompes. Ma mère va me tuer. Un dernier coup de pied dans le ventre du chat pour l'envoyer valser et je m'en vais. En fait, je déteste ce parc. Et je te hais toujours autant.
Chacun de nous a tué, maintenant. On est au même stade. Sauf que, pour un animal errant, je ne me prendrai rien. Toi, t'as joué ta propre vie. Vas chier. Je te déteste.
Et j'arrive chez moi. Par chance, mon père n'a pas fermé le garage. Je vais dedans et déniche une corde qui, normalement, servait au terrain de tennis lorsqu'on y allait. Je regarde le plafond. Un crochet, là où papa avait décidé d'attacher le punching-ball. Je trouve une chaise, me hisse dessus, et attache la corde avec force. Je fais un nœud à l'autre extrémité, passe ma tête dedans.
Je vais mourir.
Parce que tu vis.
J'écarte ma chaise sans hésitation et tombe dans le vide. La corde me lacère la gorge, me coupe la peau, et je m'étrangle doucement. Putain, ça fait mal ! Je me débats, j'essaie de retirer cette corde et de chercher la chaise en même temps. Mais elle est tombée. Pas moyen. J'essaie de hurler et ne gagne qu'à sentir mon sang couler le long de mon cou.
Enfoiré.
Connard.
Sale bâtard.
Voilà la situation dans laquelle je me trouve, à cause de toi ! Et je crève, sans t'avoir dit à quel point je te déteste. Ni même à quel point je t'aime.
L'amour n'est séparé que par une petite ligne de la haine.
Je t'aime, sale bâtard.

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